“Life is what happens when you make other plans”

Frank Chimero est un illustrateur américain qui réfléchit beaucoup au processus créatif. Je reproduis ici son profile où il parle de la création :

“My fascination with the creative process, curiosity, and visual experience informs all of my work in some way. Each piece is the part of an exploration in finding wit, surprise, honesty, and joy in the world around us, then, trying to document those things with all deliberate speed before they vanish.

Our creative output can have a myriad intended outcomes: to inform, to persuade or sell, or delight. There are many other creative people who do well in servicing the needs to inform or persuade, but there are not many out there who have taken up the mantle of delighting people. I’ll try my best.

It’s not about pretty; it is about beauty. Beauty in form, sure, but also beauty in the fit of a bespoke idea that transcends not only the tasks outlined, but also fulfilling the objectives that caused the work to be produced in the first place.

The best creative work connects us by speaking to what we share. From that, we hope to make things that will last. Work made without staying power and lasting relevance leads to audiences that are fickle, strung along on a diet of crumbs.

The work should be nourishing in some way, both while a creative person is making it, but also while someone consumes it. When I think of all my favorite books, movies, art and albums, they all make me a little less alone and a little more sentient. Perhaps that is what making is for: to document the things that make us feel most alive.”

Chaque fois que je lis son blog et depuis que j’ai vu la vidéo TED d’Elizabeth Gilbert où elle parle de la créativité, je me rends compte que beaucoup des gens qui créent vivent en parallèle une réflexion par rapport à la création, ce qu’elle représente, ce qui l’anime et ce qui l’étouffe.

Il y a deux ans et demi, quand j’ai fait mes premiers colliers avec de la soie – lire : quand j’ai fait mes premiers colliers vraiment beaux – j’étais aussi surprise par leur beauté que les gens auxquels je les montrais. Je ne me sentais pas propriétaire, auteur ni génie à l’origine de ces petits trésors. J’avais dit avec sérieux à plusieurs personnes que je ne faisais que m’asseoir dans mon atelier et que c’était comme si les perles chuchotaient “moi !” “moi ! avec elle ! et elle !”, comme si elles se donnaient à moi et que mes mains n’étaient que l’outil servant à fabriquer le collier. Je n’étais pas responsable du produit fini. C’était un courant qui me traversait. Mais depuis lors j’ai commencé à vendre mes colliers et j’ai récolté de plus en plus de reconnaissance de la part des médias et des gens et mon ego s’est emparé de tous ces éloges et il en a tellement accumulé que le courant créatif avait de la difficulté à passer comme avant. Je me suis mise à davantage créer avec ma tête qu’avec l’instinct du début. Et c’est devenu moins beau et moins amusant. Bien sûr les produits de cela ne sont pas sur le Web, on cache ce qu’on rate.

Un créateur expose tous ses chefs-d’oeuvre, ses réussites. Pas ses échecs. Le dessin raté, il est dans la poubelle. La chanson qui fausse et qui sonne ringard, jamais une oreille ne l’entendra. Le texte qui trébuche, lui aussi il est en boule dans un coin. Moi j’ai des boîtes entières de colliers moches. Jamais terminés.

Je pense que bien des gens parviennent à créer avec leur ego, à avoir du génie créatif malgré leur ego. J’ai tapé dans google “Karl Lagerfeld in his studio” et la même chose en français : impossible de trouver une photo. Par contre, il y a tellement de photos de lui qui POSE. Et dans le documentaire de Valentino, on l’entend chuchoter à ce dernier, pensant que le micro de la caméra ne l’entend pas : “il n’y a que toi et moi qui faisons de belles choses, tout le reste c’est de la merde”. Oui Karl. C’est ça. Et t’as dit la même chose à JPG quand t’as chillé avec lui ? Ok, on le lui accorde, c’est un génie. Mais l’ego gache un peu (beaucoup) l’admiration qu’il peut susciter. Et plus un mec qui se cache tout le temps derrière ses lunettes noires, comme si il était trop cool pour montrer ses yeux comme tout le monde, comme si le monde était trop inférieur pour avoir le droit de croiser son regard, vraiment, vraiment c’est pathétique.

Moi j’ai toujours vraiment ri des gens dans les boîtes de nuit qui avaient leurs lunettes de soleil (euh tu vois quoi au juste avec des lunettes noires dans l’obscurité ?). Mais quand c’est Karl Lagerfeld, ouuuh waw, il est tellement extraordinaire qu’on va pas rire de lui. Bref, mon point c’était simplement que visiblement de gros egos gonflés parviennent à créer de la magie. Pas moi. Vraiment pas. Moi, pour créer, faut que je laisse mon ego à la porte de l’atelier. Faut que j’oublie que c’est moi qui fabrique les colliers.

Une fois l’ego dépassé…

Je pense que pour créer des belles choses, il faut prendre le risque que ce soit laid. Il faut pousser plus loin, il faut choisir de ne pas y aller avec l’option la plus simple. Moi c’est souvent une histoire de couleurs. On a tous une petite idée des couleurs qui vont automatiquement bien ensemble. Souvent je suis en train de faire un collier, des perles sont en place, un bout de tissu trône parmi elles, et puis j’essaie différentes perles. J’essaie tout. Je ne préjuge pas du résultat final. Je visualise plein de perles ou autres bébelles aux côtés de ce qui est là, sans à priori. Et je pense que la clé est là : donner la chance à ce qu’on avait pas pu prévoir ou planifier de faire naître du merveilleux.

Je relis ce paragraphe et ça me fait penser à l’amour. J’entends d’ici mes copines grincer des dents et ricaner parce qu’elles me trouvent tellement quétaine d’être aussi amoureuse de mon chum. Mais l’amour c’est ça aussi : on rencontre quelqu’un qui est souvent totalement différent de l’idée qu’on s’était faite du chum qui irait logiquement et automatiquement bien avec nous et on se retrouve émerveillée devant cette personne que notre raison n’aurait pas pu imaginée, planifiée.

Créer c’est sortir de sa zone de confort.

Frida Kahlo

Jackson Pollock

Pablo Picasso

Valentino

One thought on ““Life is what happens when you make other plans”

  1. nonam says:

    C’est vraiment joli ce que tu dis Charlotte, et oui, joli comme ce que font tes doigts une fois ta tête qui se tait. Garde toute cette belle générosité et cette ouverture d’esprit qui t’habite !

    J’m’estime chanceuse de t’avoir croisé vendredi dernier!

    Tu restes un exemple à suivre!

    Manon XX

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